LES ROSIERS

Je ne pouvais pas aborder le genre Rosa (les rosiers) uniquement sous l'angle botanique. Il y a tant à dire sur les rosiers ... c'est pourquoi j'ai mis 10 ans à me décider ...
D'autant que je n'aime pas bien survoler un sujet aussi vaste et magnifique, ni sur le plan botanique, ni sur le plan horticole, ni sur le plan historique.



Sommaire

La Rose, la reine des fleurs
Pourquoi reine des fleurs?
Il est d'après moi vraisemblable
Rosiers éternels et rosiers commerciaux
Rosiers et éternité
Rosiers et commerce
Les Rosiers, des origines à nos jours
Petite et grande histoire
La rose dans l'antiquité
La rose au Moyen-Age
La Rose de Damas
Les rosiers naturels
Les rosiers anciens
Les rosiers modernes
L'art et la symbolique de la Rose
La rose, que de symboles !
La rose dans l'art religieux
La rose dans la peinture
La rose dans la littérature
La rose dans la chanson
La rose dans l'opéra


Photo de Geolina163 sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0

La Rose, la reine des fleurs, a déclaré Matthias Meilland.

Vous me direz qu'il prêche pour sa paroisse, je vous répondrai: 'N'en feriez-vous pas tout autant à sa place' ? La rose et la famille Meilland, c'est d'abord une histoire de passion, un chemin d'efforts, d'échecs et de réussites, bref l'histoire d'une famille autour d'une fleur, la rose ...

D'autres fleurs ont provoqué un engouement, la tulipe, l'oeillet, le glaïeul, la pivoine, la clématite, le géranium ... engouement qui me paraît moins exclusif, moins violent, moins dynastique. En outre, il y a et il y a eu énormément d'autres rosiéristes (' créateurs de roses que l'on appelle "obtenteurs" ') que les épouses Meilland qui vivent ou ont vécu une passion dévorante pour cette fleur, pour n'en citer que quelques-uns, Georges Delbard, François Dorieux, Pierre-Joseph Orard, César Chambard, David Austin, Pierre Guillot, etc etc ...

Aujourd'hui sublimée, avec ses grandes fleurs doubles solitaires et turbinées ou ses fleurs groupées très doubles également, portées par des rosiers buissons, des rosiers grimpants, des rosiers-tige, des rosiers pleureurs, des rosiers miniatures, tous remontants (c'est-à-dire ayant une longue période de floraison, généralement du printemps à l'automne), la Rose actuelle allie la beauté de sa forme à la richesse de ses couleurs, qu'elle a gagnées au détriment hélas du parfum et de la résistance aux maladies.

Photo de Daniel Jolivet sur le site www.flickr.com - Licence CC BY 3.0
Pourquoi qualifier la rose de reine des fleurs ? Car tout de même, si l'on se donne la peine de les regarder sans préjugés, chaque fleur a une beauté personnelle qui la distingue de toutes les autres et la rend unique, irremplaçable.


Tout d'abord, sur quelle rose a-t-on posé une couronne royale ? sur l'églantine des origines ? sur la première rose moderne ? Il est difficile de déterminer à quel moment cela s'est produit ... la poétesse grecque Sappho l'aurait ainsi qualifiée au VI° siècle avant notre ère ... Selon les botanistes, le rosier serait apparu sur terre, très probablement en Chine, du moins en Asie, il y a environ 35 millions d'années ! Certes, on sait que le rosier est cultivé par l'homme depuis fort longtemps, depuis 5000 ans en Chine, depuis le début de notre ère par les grecs et les romains, pour décorer les jardins, mais surtout pour ses vertus médicinales.

Photo de Kurt Stüber sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0 ou GFDL
Il est d'après moi vraisemblable que les humains ont un jour remarqué que de nouveaux rosiers sauvages apparaissaient, différents des rosiers jusqu'alors connus. Ils en ont déduit que des croisements naturels avaient eu lieu, ce qui les a incités à pratiquer eux aussi des hybridations, en imitant dame Nature.
Botaniquement parlant, les rosiers ont une faculté sans limite à mélanger leurs gènes lors de la fécondation de leurs fleurs, faculté qui ne se réduit pas à une seule espèce de rosier mais qui permet avec une facilité déconcertante ce mixage génotypique entre les différentes espèces de rosiers.
Horticolement parlant, cette faculté s'étend au croisement des sous-espèces, des cultivars, des variétés, entre eux ou avec les espèces de base, ce qui permet une infinité de possiblités.
Ce caractère exacerbé a grandement contribué, je pense, à la popularité de la rose et à son intronisation.

La mythologie grecque nous rapporte que la création de la rose est l'oeuvre de Chloris, déesse des fleurs, qui la fit naître du corps sans vie d'une nymphe. Sur sa demande, plusieurs divinités l'assistèrent dans cette création:
- Aphrodite, déesse de l'amour, lui donna sa beauté,
- Dionysos, dieu du vin, y déposa du nectar qui lui octroya son parfum,
- les Trois Grâces lui ajoutèrent le charme, l'éclat et la joie,
- Apollon, dieu des arts, du chant, de la musique, de la beauté masculine, de la poésie et de la lumière la couronna "Reine des fleurs".

I. Rosiers éternels et rosiers commerciaux

Photo de William Crochot sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0
Rosiers éternels, c'est bien entendu une licence poétique de ma part ... la beauté éternelle n'est-elle pas insaisissable, en constante évolution ? Rassurez-vous, nous n'allons pas philosopher, mais chercher à savoir le parcours de ce végétal qu'est le rosier, venant de la nuit des temps, de l'éternité ...


Les premiers rosiers seraient apparus sur terre, d'après les botanistes, il y a environ 35 millions d'années ... La biologiste Marie Fougère-Danezan s'est penchée sur l'origine des rosiers. Elle fixe la floraison de la première rose à 60 millions d'années de nous dans une région s'étendant de part et d'autre de l'actuel détroit de Béring (qui n'existait pas à ce moment-là) correspondant à une partie de la Sibérie et de l'Alaska actuelles.

Elle nous apprend en outre que le rosier serait né d'une infection virale, ayant quelque peu modifié les gènes d'une espèce végétale qui se révèlerait être un arbrisseau bas épineux très proche du fraisier actuel. Le rosier serait donc, d'après la paléogénomique, issu d'une fraise malade ! En effet, aujourd'hui encore, les fraisiers et les rosiers, appartenant tous deux à la famille des Rosacées, partagent des pans entiers de chromosomes, sauf que le génome des rosiers modernes actuels est deux fois plus gros que celui des fraisiers.

Ce phénomène, que les botanistes ont observé depuis des siècles, est appelé mutation, un des aspects de la théorie de l'Evolution de Charles Darwin. Les horticulteurs ont de tous temps eu à coeur de sélectionner les végétaux touchés par une (ou plusieurs) mutation(s) avantageuse(s) et en cherchant à l'améliorer encore tant que faire se peut par des sélections successives. Comme l'ensemble du Vivant, le rosier, au cours de ces millions d'années, a subi un grand nombre de mutations pour nous avoir proposé en héritage des centaines d'espèces dont environ 200 sont encore présentes de nos jours, espèces à l'origine des rosiers anciens et des rosiers modernes.

Photo de Kurt Stüber sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0 ou GFDL
Ainsi, ces rosiers sauvages, appelés également "rosiers botaniques", ont été cultivés pendant des dizaines de siècles essentiellement pour un usage médicinal et alimentaire, notamment dans l'Antiquité romaine. Au Moyen-Age, Charlemagne en recommande la culture, pour les mêmes usages, usages qui se sont pour la plupart perpétués jusqu'à notre époque.

Bien que la multiplication par graines ou par boutures des rosiers sauvages ait certainement induit une activité commerciale, le véritable commerce des rosiers a débuté à mon sens avec les premières obtentions par hybridation humaine, en d'autres termes depuis que les cultivars obtenus ne peuvent plus se reproduire à l'identique par leurs propres graines.

Ces cultivars, non disponibles dans la Nature, sont, depuis leur apparition, multipliés et vendus par la filière horticole, en toute liberté. Depuis le milieu du XX° siècle, sous l'impulsion de Francis Meilland entre autres, la reproduction des obtentions de moins de 20 ou 25 ans ne peut se faire sans le versement par les horticulteurs de royalties aux rosiéristes détenteurs d'un Certificat d'Obtention Végétale (COV) pour la variété reproduite.

II. Les Rosiers, des origines à nos jours.

Nous avons vu plus haut que l'origine du rosier, d'après les récentes études biologiques et génétiques, est supposée se situer, pour certains à la fin du Paléocène (il y a environ 60 millions d'années) peu après l'extinction massive dite du Crétacé-Tertiaire (ou Crétacé-Paléogène), pour d'autres quelques millions d'années plus tard (il y a entre 56 et et 48 millions d'années) au début de l'Eocène, et pour les botanistes à la fin de l'Eocène (il y a 35 millions d'années) ... bref il y a fort longtemps.

Vous aurez également retenu que sa culture remonte, en Asie (principalement en Chine) à environ 5000 ans de nous, et en Europe (notamment dans la Rome et la Grèce antiques) à presque 3000 ans.

IIa. La Rose, petite et grande histoire.

Tableau de Jean-Charles Tardieu sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public
Les recours à la rose sont nombreux dans l'Antiquité, lors des cérémonies nuptiales en Grèce et à Rome, tout comme lors des rites funéraires jusqu'en Egypte (des bouquets ont été retrouvés intacts dans le sarcophage de Touthankamon, de l'essence de rose était utilisée lors des momifications). Elle participe aux fastes orientaux en décorant les palais de Babylone, aux banquets des Romains en jonchant le sol de pétales, en drapant les convives de guirlandes, en parfumant l'eau des ablutions ou en aromatisant vins et entremets.
Vraisemblablement introduite en Gaule par les Romains il y a environ 2000 ans, la rose est tout d'abord rejetée par le christianisme car amenée par un peuple polythéiste. Il faudra que 600 ans s'écoulent pour que Saint Médard, évêque de Noyon, instaure un prix de vertu couronnant de roses la jeune fille la plus sage de la région et en lui attribuant le titre de "rosière".

Illustration de John Stephenson et James Morss Churchill sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0
Depuis le début du Moyen-Age, le rosier est cultivé principalement dans les jardins monastiques, comme plante officinale mais aussi pour célébrer le culte de la vierge Marie. C'est vers la fin de cette époque que semble commencer l'odyssée de la rose en France. En 1240, à l'occasion d'une croisade, Thibaut IV, comte de Champagne et Roi de Navarre, rapporte de Terre Sainte un rosier à fleurs pourpre violacé baptisé Rosa gallica officinalis par les botanistes (la Rose de Provins).
Puissamment parfumée, la "Rose de Provins", que l'on nommera également "Rose de France", sera cultivée à Provins dans cette capitale du comté de Champagne pour ses propriétés médicinales, ce qui lui vaudra le nom de "Rose des apothicaires". Elle fera la fortune de cette région de France par le commerce de ses nombreux produits dérivés, de soins, de beauté, alimentaires et autres sachets ou coussins parfumés emplis de pétales séchés que l'on offrit pendant des siècles aux hôtes de prestige de la ville, Charles VII, François Ier, Henri II, Jeanne d'Arc, Catherine de Médicis, Louis XIV, Napoléon I° ...

Photo de David J. Stang sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0
En 1254, 14 ans après l'introduction à Provins de Rosa gallica 'Officinalis' par Thibault IV, le chevalier Robert de Brie aurait ramené de Perse, lors d'une autre croisade, le Rosier de Damas (Rosa x damascena) dont il est établi aujourd'hui qu'il est issu d'une hybridation vraisemblablement naturelle entre Rosa gallica et (Rosa phoenicia ou Rosa moschata ou encore Rosa fedtschenkoana).

La "Rose de Damas", aux délicieuses fragrances, intéresse depuis lors les parfumeurs au plus haut point. Elle représente en France et en Europe l'avènement de la rose aux fleurs semi-doubles ou doubles et à la floraison remontante par Rosa x damascena 'Semperflorens'.

A partir de là, la culture du rosier va connaître une expansion nouvelle particulière dûe à la diversité née de l'imagination créative de nombreux obtenteurs qui a conduit à l'apparition de moult rosiers hybrides jusqu'au milieu du XVII° siècle nommés "Rosiers anciens".

IIb. Les rosiers naturels.(Voir la page dédiée)

Les hommes cultivent le rosier depuis environ 3000 ans alors que ce végétal est apparu il y aurait 35 à 60 millions d'années. C'est dire si son état "naturel" (pour ma part je préfère ce terme à "sauvage", trop souvent interprété péjorativement) a duré longtemps par rapport à l'état que nous lui connaissons, "apprivoisé", "cultivé" et "transformé" par l'action de l'Homme.

Photo de Tom Norton sur le site https://www.inaturalist.org - Licence CC BY-NC 3.0
Les rosiers naturels sont également nommés, outre "rosiers sauvages", "rosiers botaniques". Le plus connu en Europe occidentale est Rosa canina, "Rosier des chiens", plus fréquemment appelé "églantier" (ou parfois "églantine" qui est en fait le nom de sa fleur). Rosa canina a été énormément utilisé par le passé, beaucoup moins aujourd'hui, pour servir de porte-greffe aux rosiers hybrides anciens ou modernes non adaptés à certains types de sol.
Comment distingue-t-on les rosiers naturels des autres catégories de rosiers ?
- leurs feuilles sont composées de 7 folioles au minimum alors que celles des autres rosiers le sont très rarement, mais de 5 folioles au maximum,
- elles sont en général plus claires que celles des autres rosiers,
- leur floraison est plus précoce, dès le début du printemps,
- elle est brève mais luxuriante,
- leurs fleurs sont simples, petites, composées de 5 pétales (4 chez la seule espèce himalayenne, Rosa omeiensis),
- leurs fruits sont très nombreux et décoratifs pendant très longtemps.
Photo de Sten Porse sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0 ou GFDL
Comme la plupart des êtres vivants, et des végétaux en particulier, les rosiers ont dû connaître pendant ces dizaines de millions d'années des tas de mutations qui ont multiplié le nombre d'espèces, chacune avec ses caractéristiques propres, notamment son adaptation au terroir et au climat de son lieu de développement spontané.
On ne connaît pas avec exactitude le nombre de ces rosiers naturels, certains ayant fatalement disparu dans cette longue évolution, pour preuve certains fossiles découverts. Certains parlent de 100 à 200 espèces, d'autres d'au moins 300.
Parmi eux, outre les mutations, il existe quelques hybrides naturels, quelques formes et quelques variétés ainsi chiffrées par l'association Société Française des Roses:
  - 129 espèces,
  - 41 hybrides naturels
  - et 89 formes et variétés,
  soit un total de 259 rosiers naturels qui auraient été recensés en 1960.

IIc. Les rosiers anciens.(Voir la page dédiée)

Quand on parle de rosiers anciens, celà ne veut pas dire qu'ils datent d'une époque révolue. Il est vrai qu'on les oppose aux rosiers modernes, mais cette opposition repose plus sur des styles différents bien marqués que sur des critères de date.

En effet, même si certains ont tendanse à affirmer que les rosiers modernes ont stoppé net l'obtention de rosiers anciens vers la fin des années 1860, c'est faux puisqu'aujourd'hui encore de nouvelles variétés de rosiers anciens voient le jour, la qualification de rosier ancien ou moderne répond essentiellement à des caractères très particuliers tels que d'abord la durée de la floraison, la forme de la fleur et sa structure ainsi que les ascendants de leurs nombreuses variétés.
Photo de Amanda Slater sur le site www.flickr.com - Licence CC BY-SA 3.0
Ils sont qualifiés d'anciens car ils sont chronologiquement apparus avant les rosiers modernes ( ... La Palisse n'aurait pas dit mieux ... ). En fait, on peut considérer que le premier rosier apparu sur terre est déjà un rosier ancien. Toutefois, lorsque l'on évoque les rosiers anciens, on pense à des rosiers dont les fleurs magnifiquement parfumées sont doubles ou semi-doubles (non pas qu'il n'existe pas de rosier ancien aux fleurs simples) contrairement aux rosiers préhistoriques aux fleurs toujours simples et n'ayant pas subi de manipulations humaines que l'on préfère classer dans une catégorie à part nommée rosiers botaniques, sauvages ou naturels.
Résultant des mutations ou hybridations, naturelles ou volontaires, intervenues chez certains rosiers botaniques, plusieurs groupes de rosiers sont apparus. Les variétés classées dans les groupes existant avant 1867 (année de la création de la première rose considérée comme étant une rose moderne) constituent par convention les rosiers anciens.
Photo de Spedona sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0 ou GFDL
Les principaux groupes de rosiers anciens

IId. Les rosiers modernes.(Voir la page dédiée)

Photo de Anna Reg sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0 ou GFDL
Comme dit précédemment, le rosiériste lyonnais Jean-Baptiste Guillot, avec son obtention du -Rosier Hybride de Thé 'La France'- en 1867, annonce l'explosion des rosiers modernes du XX° siècle.
Les rosiers modernes, issus de maintes hybridations et autres manipulations destinées à en modifier le génome, sont, il ne faut pas se mentir, des produits commerciaux avant tout, même si les intentions peuvent paraître louables. Hormis les espèces naturelles, leurs mutations et leurs hybrides non imputables à l'homme (les rosiers naturels ici), les cultivars sont, au sens purement botanique, des monstruosités.
En effet, la classification botanique intègre un seul taxon (la variété) immédiatement au-dessous du taxon 'espèce' et en aucun cas un taxon qui représenterait une variété d'une variété comme c'est le cas avec les cultivars actuels. Quelques rosiers anciens, et pratiquement tous les rosiers modernes, répondent donc à une autre classification basée sur le 'Code international pour la nomenclature des plantes cultivées'.

Photo de M's photography sur le site www.flickr.com - Licence CC BY 3.0
Les intentions des obtenteurs, en manipulant le génome des rosiers, ont été tout d'abord de créer des sujets à floraison remontante, du printemps aux gelées (pari gagné, avec le réchauffement climatique, la floraison va bientôt devenir permanente !).
Ensuite il fallait agrandir la palette de couleurs, on manquait cruellement de sujets jaunes, oranges et rouges. Enfin, il fallait obtenir la rose parfaite, de forme turbinée, de belle taille, sur un beau feuillage luisant, etc.
Les rosiers modernes ne manquent certes pas d'atouts, formes des fleurs, couleurs, durée de floraison, toutefois, malgré ce qu'en disent les obtenteurs, côté parfum, je m'aperçois avoir un nez pour les roses anciennes mais inadapté aux roses modernes puisque je n'y décerne souvent aucun parfum. Au niveau résistance, aux maladies (oïdium, rouille, taches noires), ainsi qu'aux années de plantation, je ne peux pas clamer haut et fort avoir eu de très bonnes expériences.


La classification des rosiers modernes (selon l'American Rose Society en 1999).
On pourrait ajouter les Rosiers constitués d'une tige dressée sur laquelle ont été greffés des Rosiers Buissons au port érigé de type Grandiflora ou Floribunda (dits "Rosiers Tiges"), ou sur laquelle ont été greffés des Rosiers Sarmenteux (dits alors "Rosiers Pleureurs").

III. Symbolique de la Rose et sa place dans l'art

Le rosier a intéressé les hommes depuis toujours au même titre que beaucoup d'autres plantes qui l'ont aidé à soulager ses maux physiques grâce à ses propriétés médicinales. Toutefois, la beauté de sa fleur, sa fraîcheur et son parfum ne pouvaient que les séduire.

La mythologie nous conte déjà cette création divine de la rose qui deviendra très rapidement pour les humains un sujet d'adoration et de symboles. Tous les arts se sont emparés d'elle pour louer sa splendeur, l'art religieux en tête. En effet, la majorité des rosiers naturels ont des fleurs de couleur blanche, symbole de Pureté, ou rose, symbole de la Féminité. Il n'en fallait pas plus pour associer cette délicieuse fleur parfumée à la Femme, particulièrement à la plus vénérée d'entre elles, la Vierge Marie.

IIIa. La rose, que de symboles !

Peinture de Simon Saint-Jean (Offrande à la Vierge) sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public
Les symboles premiers de la Rose, quelle que soit sa couleur, sont l'Amour et la Beauté. Pas étonnant si l'on se réfère à la mythologie grecque qui nous enseigne que ces deux atouts majeurs lui ont été donnés par la superbe Aphrodite, déesse grecque de l'Amour. Symbole de beauté féminine, on peut y ajouter la Sensualité.

Les symboles suivants sont des symboles religieux de Foi, de Dévotion et de Pureté relatifs à Marie. La guirlande de roses dont elle est couronnée sur les représentations traditionnelles (rosarium en latin) a donné rosaire. Par sa forme rappelant la roue, la rose a donné son nom aux motifs circulaires ornant les vitraux ou les sculptures diverses de même forme (rosaces). Les poêtes en on fait un symbole du Temps qui fuit, de Fragilité et de Sagesse. Elle symbolise aussi l'Intemporalité, l'Equilibre, le Bien-Etre, la Loyauté, l'Humilité, le Luxe ...

La rose est étroitement liée à la numérologie, dans l'art de la Renaissance, une rose à 8 pétales prédisait le Renouveau. Dans l'art alchimique, une rose à 7 pétales était symbole d'Intégration, de Compréhension et d'Ordre Universel. On retrouve l'association entre la numérologie et la rose dans la franc-maçonnerie où chacune des Trois Roses symbolise un principe directeur: l'Amour, la Vie et la Lumière. Dans le Tarot divinatoire, la rose symbolise l'Equilibre, l'Espoir et la promesse de Nouveaux Commencements; dans les arcanes majeurs, elle apparaît sur les cartes 'Magicien', 'Force', 'Mort' et 'Fou', toutes quatre significatives d'Equilibre.
On ne peut pas ne pas évoquer l'Angleterre et la Guerre des Deux-Roses au XV° siècle, conflit de 30 années (de 1455 à 1485) lié aux droits de succession de la Couronne d'Angleterre, opposant la maison de Lancastre dont l'emblème était une rose rouge (la Rose de Provins) et la maison d'York dont l'emblème était une rose blanche.
Il ne m'est pas possible de clore ce chapitre sans vous offrir cette merveilleuse légende amérindienne intitulée La légende de la rose de prairie.

Photo de Anne Arnould sur le site www.flickr.com - Licence CC BY-SA 3.0
Certains en parlent comme s'il s'agissait de symboles, c'est le langage des fleurs. Il faut reconnaître que celui de la rose est plus élaboré que celui des autres fleurs, combinant les couleurs et les nombres de tiges.
En résumé,

En ce qui concerne le nombre de roses offertes:
Pour d'autres nombres (jusqu'à 999 roses !) consultez cette page .

IIIb. La rose dans l'art religieux.

La Peinture, la Littérature, la Poésie, la Sculpture, la Musique, la Cuisine, la Fleuristerie, la Chanson ... aucun Art ne pouvait rester indifférent à la Rose, reine des fleurs, reine de beauté, objet d'adoration, chargée de symboles ! Sa couleur blanche des débuts, symbole de la Pureté de la Madone (la Vierge Marie) qualifiée de Rose mystique dans les Litanies de Lorette, a tout naturellement inspiré, avant toute autre forme, l'Art Religieux, ainsi Saint Bonaventure qui écrit au XIII° siècle:

" Ô Marie,
Rose pure, rose d’innocence,
Rose nouvelle et sans épine,
Rose épanouie et féconde,
Abondante par la grâce divine,
Établie Reine des cieux ;
Il n’est personne qui puisse jamais vous être comparé;
Vous êtes le remède à toute chose,
Le soutien de toutes nos entreprises "

Photo de Jean-Louis Mazières d'une peinture de Lorenzo Veneziano (La Vierge à la Rose, XIV° siècle) sur le panneau central d'un retable sur le site www.flickr.com - Licence CC BY-NC-SA 3.0
Dans la préhistoire, nos ancêtres semblent avoir montré une sensibilité aux formes, aux couleurs et aux parfums. Nous n'avons hélas pas trace d'un art floral primitif malgré une conscience primitive des fleurs.

Nous retrouvons par contre dans les frises et les fresques de la Grèce Antique les premières étapes de l'iconographie florale, certes naturaliste, mais déjà de nature à embellir la vie. Les fouilles de Pompéi par exemple ont révélé la culture de plantes diverses, notamment de roses, avec lesquelles on confectionnait des guirlandes. La rose dans l'Antiquité était jusque là cultivée pour ses propriétés médicinales, alimentaires, mais aussi décoratives, elle intervenait dans la cuisine, pour aromatiser les boissons part exemple, dans la décoration pour renvoyer l'image du faste et du luxe et dans la pharmacopée antique.

C'est à l'entrée dans le Moyen-Age que l'on voit l'Eglise dispenser le pieux langage des fleurs. L'Art Sacré se nourrit de l'Art Profane pour révéler le sens caché de la Nature, en utilisant les fleurs pour orner les manuscrits et servir de messages religieux. Ainsi va-t-on retrouver la rose en peinture, en sculpture et en littérature sacrée essentiellement pour décorer les lieux de culte et servir de symboles de Pureté et de Foi religieuses, notamment par la Vierge Marie. Les oeuvres d'art religieux vont se multiplier à la demande des Eglises, particulièrement sous la forme de peintures sur murs, plafonds ou retables dans les bâtiments et monuments de culte et de sculptures sacrées de la Madone, de Jésus-Christ ou autres personnages des religions monothéistes, ou de Dieux et Déesses dans les religions polythéistes.

Photo de Elenasan de la statue attribuée à Pietro di Giovanni Tedesco (XIV° siècle - Madonna della Rosa) sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0 ou GFDL
Dernier élément de l'art religieux, et pas des moindres, est l'art vitrier, qui s'est sublimé dans les splendides rosaces de nos églises et cathédrales, rosaces dans lesquelles la rose n'est pas absente.
De la religion au miracle, il n'y a évidemment qu'un pas. Ainsi en témoigne la relation traditionnelle de ce qui arriva à deux jeunes femmes que l'Eglise a canonisées. La première, "Sainte Casilda de Tolède", jeune musulmane, fille de l'émir islamiste de Tolède, avait à coeur de porter du pain aux esclaves chrétiens de son père. Un jour, surprise par ce dernier, elle ouvrit son tablier duquel tombèrent des roses et non le pain qu'elle y cachait. La tradition raconte qu'elle fut miraculeusement sauvée de la mort en buvant l'eau d'une source. Elle se convertit alors au catholicisme et mourut centenaire auprès de la source miraculeuse où elle vécut en ermite.
La deuxième, Germaine Cousin, pieuse jeune fille malade, était la bête noire de sa marâtre qui la battait à tout propos. Elle donnait aux pauvres le peu de pain qui lui était alloué. Un jour qu'elle avait caché son pain dans son tablier pour le distribuer, sa marâtre l'accusa de voler le pain de la maison et la somma d'ouvrir son tablier, prête à la battre. De son tablier tomba sur le sol une gerbe de roses. Morte à 22 ans, elle fut canonisée "Sainte Germaine de Pibrac".

IIIc. La rose dans la peinture.

Nous venons de voir que la peinture représentant des roses est, au Moyen-Age, le fait de l'art religieux et que leur présence relève essentiellement des symboles qu'elles véhiculent.

Pendant la Renaissace, dès le milieu du XIV° siècle en Italie, puis au XV° et jusqu'au XVI°siècle en Europe, l'humanisme prend peu à peu le pas sur l'omniprésence de l'autorité divine.

Tableau de Henri Fantin-Latour sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public
La toile remplace rapidement le bois comme support, de nouveaux pigments viennent enrichir la palette de couleurs, toutefois, si la demande émane de plus en plus d'instances non religieuses ou de riches aristocrates commandant la décoration de leurs riches demeures, la rose, comme les autres fleurs, les animaux et les végétaux, n'est pas de la fête.
Il faudra attendre le XVII° siècle pour voir émerger dans la peinture néerlandaise des paysages, des scènes marines, des scènes de la vie quotidienne et des natures mortes de fruits et de fleurs, peinture vraisemblablement initiée par Jan Brueghel l'Ancien dit "Brueghel de Velours" (1568 - 1625).

Le succès rencontré par ce nouveau genre de peinture avec ses représentations de dimension humaine va rapidement encourager de plus en plus d'artistes peintres néerlandais mais également d'autres pays européens, au cours de ce XVII° siècle et dans les suivants jusqu'à nos jours dans le monde entier.

Tableau de 1663 de Willem van Aelst représentant une nature morte intitulée "Fleurs dans un vase en argent" sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public
Voici ci-dessous quelques natures mortes représentant entre autres des roses:
XVII° siècle

Photo depuis rawpixel.com du tableau 'Vase of Roses' (1890/1900) d'Auguste Renoir sur le site www.flickr.com - Licence CC BY 3.0
XVIII° siècle

Photo de Art Gallery Ergs - by ErgSap sur le site www.flickr.com - Licence CCO 1.0 Domaine public
XIX° siècle

Photo de Jean-Louis Mazieres du tableau de Claude Monet "Maison parmi les roses" sur le site www.flickr.com - Licence CC BY-NC-SA 3.0
XX° siècle

IIId. La rose dans la littérature.

Depuis que l'Homme a inventé l'écriture (vers 3300 / 3200 avant Jésus-Christ), il a certainement consigné son admiration pour la rose, symbole de beauté et de fraîcheur, délicate, fragile, parfumée, exaltant les sens et émouvant les coeurs. Hélas, ces antiques écrits ne sont pas arrivés jusqu'à nous, les siècles ayant eu raison de ces témoignages, soit du fait du temps, soit du fait de l'Homme lui-même.

Photo de tonynétone (Sappho) sur le site www.flickr.com - Licence CC BY 3.0

Ainsi en fut-il pour Sappho, poétesse, chanteuse et danseuse grecque née au VII° siècle avant J.C. (vers - 1630) sur l'île de Lesbos. Le peu d'écrits qui nous soient parvenus sont des fragments de son oeuvre qui aurait été en majeure partie brûlée en 1073 à Rome et à Constantinople sur ordre des autorités religieuses, Sappho ayant écrit son admiration et son attirance pour la beauté féminine. Ainsi, le terme "lesbienne", signifiant "habitante de Lesbos", est devenu synonyme de "saphisme", signifiant "homosexualité féminine".


Quoiqu'il en soit, que son homosexualité ait été réelle ou simplement présumée par interprétation de ses écrits, dans le domaine qui nous intéresse ici, Sappho a écrit:

Si Zeus voulait donner une reine aux fleurs,
la rose règnerait sur toutes.




Photo de Inconnu sur le site https://pxhere.com - Licence CCO 1.0 Domaine public
La rose dans la littérature est rare, c'est l'affaire des poétesses et des poètes qui ont d'ailleurs écrit de fort belles choses sur l'Amour, le Désir, la Femme, au travers de leur symbole commun, la Rose.

Tout le monde connaît, je pense, "Le nom de la rose", ce roman policier médiéval politico-religieux écrit par Umberto Eco en 1980, porté à l'écran en 1986 par Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle principal.
La rose, cependant, n'est pas le thème de cette histoire, ni de près ni de loin. Umberto Eco a choisi ce titre par défaut, du fait que "la rose est une figure symbolique tellement chargée de significations qu'elle finit par n'en avoir aucune ou presque", a-t-il écrit.

Par ailleurs, "Le roman de la rose ou l'art d'aimer au Moyen-Age", un roman si l'on peut dire puisqu'il s'agit d'un long poème allégorique (21 780 vers de 8 pieds) commencé par Guillaume de Lorris de 1230 à 1235, et terminé par Jean de Meun de 1275 à 1280, utilise la symbolique de la cueillete d'une rose pour évoquer la quête de l'amour pour une jeune fille.


Au XVI° siècle, au sortir du Moyen-Age, les poètes s'emparent de la rose et de ses symboles pour nous charmer de leurs vers inoubliables, à l'image de Ronsard sur le thème du temps qui fuit:



Photo de Inconnu prise au Musée des Beaux Arts de Blois (Portrait de Pierre de Ronsard par Anonyme vers 1620) sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public


Ode à Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.


Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
Sonnet pour Hélène

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle ! »

Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

Prends cette rose

Prends cette rose aimable comme toi,
Qui sert de rose aux roses les plus belles,
Qui sert de fleurs aux fleurs les plus nouvelles,
Dont la senteur me ravit tout de moi.


Prends cette rose, et ensemble reçois
Dedans ton sein mon cœur qui n’a point d’ailes :
Il est constant et cent plaies cruelles
N’ont empêché qu’il ne gardât sa foi.

La rose et moi différons d’une chose :
Un Soleil voit naître et mourir la rose,
Mille Soleils ont vu naître m’amour,

Dont l’action jamais ne se repose.
Que plût à Dieu que telle amour, enclose,
Comme une fleur, ne m’eût duré qu’un jour.


Toujours au XVI° siècle, le long poème de François Malherbe écrit pour consoler son ami Monsieur Du Périer de la perte de sa fille, est une merveille du genre.





Ses deux vers: "Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin" sont parmi les plus célèbres de la poésie française.



Photo de Defranoux sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0
Consolation à M. Du Périer (1599)

Ta douleur, Du Perrier, sera donc éternelle ?
Et les tristes discours
Que te met en l'esprit l'amitié paternelle
L'augmenteront toujours ?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale où ta raison perdue
Ne se retrouve pas ?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n'ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.

Puis quand ainsi serait que, selon ta prière,
Elle aurait obtenu
D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
Qu'en fût-il avenu ?

Penses-tu que plus vieille en la maison céleste
Elle eût eu plus d'accueil,
Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste
Et les vers du cercueil ?

Non, non, mon Du Perrier ; aussitôt que la Parque
Ôte l'âme du corps,
L'âge s'évanouit au-deçà de la barque,
Et ne suit point les morts.
Tithon n'a plus les ans qui le firent cigale ;
Et Pluton aujourd'hui,
Sans égard du passé, les mérites égale
D'Archemore et de lui.

Ne te lasse donc plus d'inutiles complaintes :
Mais, sage à l'avenir,
Aime une ombre comme ombre, et des cendres éteintes
Eteins le souvenir.

C'est bien, je le confesse, une juste coutume
Que le cœur affligé,
Par le canal des yeux vidant son amertume,
Cherche d'être allégé.

Même quand il advient que la tombe sépare
Ce que nature a joint,
Celui qui ne s'émeut a l'âme d'un barbare,
Ou n'en a du tout point.

Mais d'être inconsolable et dedans sa mémoire
Enfermer un ennui,
N'est-ce pas se haïr pour acquérir la gloire
De bien aimer autrui ?

Priam, qui vit ses fils abattus par Achille,
Dénué de support
Et hors de tout espoir du salut de sa ville,
Reçut du réconfort.

François, quand la Castille, inégale à ses armes,
Lui vola son Dauphin,
Sembla d'un si grand coup devoir jeter des larmes
Qui n'eussent point de fin.
Il les sécha pourtant, et, comme un autre Alcide,
Contre fortune instruit,
Fit qu'à ses ennemis d'un acte si perfide
La honte fut le fruit.

Leur camp, qui la Durance avait presque tarie
De bataillons épais,
Entendant sa constance, eut peur de sa furie,
Et demanda la paix.

De moi déjà deux fois d'une pareille foudre
Je me suis vu perclus ;
Et deux fois la raison m'a si bien fait résoudre,
Qu'il ne m'en souvient plus.

Non qu'il ne me soit grief que la terre possède
Ce qui me fut si cher ;
Mais en un accident qui n'a point de remède
Il n'en faut point chercher.

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles :
On a beau la prier ;
La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N'en défend point nos rois.

De murmurer contre elle et perdre patience
Il est mal à propos ;
Vouloir ce que Dieu veut est la seule science
Qui nous met en repos.


Au XVII° siècle, Pierre Corneille exprime son dépit à Marquise (Marquise-Thérèse de Gorla dite "Mademoiselle du Parc", comédienne de la Troupe de Molière) dont le jeune Racine fera sa maîtresse alors que lui-même, à 52 ans, en est également amoureux.
Georges Brassens a mis en musique et chanté une version du poème de Corneille en seulement 4 couplets dont le dernier est de Tristan Bernard.






Photo de Marie-Lan Nguyen du buste de Pierre Corneille situé dans le hall d'entrée de la bibliothèque de Sainte-Geneviève, sur le site - Licence CC BY 3.0

Marquise

Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront:
Il saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits:
On m'a vu ce que vous êtes;
Vous serez ce que je suis.

Peut-être que je serai vieille,
Répond Marquise, cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
Et je t'emmerde en attendant.

Georges Brassens

Vous en avez qu'on adore ;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.

Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu'il me plaira de vous.

Chez cette race nouvelle
Où j'aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu'autant que je l'aurai dit.

Pensez-y, belle Marquise,
Quoiqu'un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu'on le courtise
Quand il est fait comme moi.

Pierre Corneille
Stances à Marquise

Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront :
Il saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.


Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m'a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis.

Cependant j'ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n'avoir pas trop d'alarmes
De ces ravages du temps.


Le XIX° siècle est riche en poèmes sur la rose, ainsi Le spectre de la rose de Théophile Gautier en 1838.
On ne peut évoquer le XVIII° siècle sans citer Constance de Salm et son magnifique Bouton de rose.


Photo de Daderot du portrait en 1797 de Constance de Salm (Constance Pipelet à cette époque) par Jean-Baptiste Desoria sur le site - Licence CCO 1.0 Domaine public

Le bouton de rose (1785)

Bouton de rose,
Tu seras plus heureux que moi ;
Car je te destine à ma Rose,


Et ma Rose est ainsi que toi
Bouton de rose.


Au sein de Rose,
Heureux bouton, tu vas mourir !
Moi, si j’étais bouton de rose,
Je ne mourrais que de plaisir
Au sein de Rose.

Au sein de Rose
Tu pourras trouver un rival ;
Ne joute pas, bouton de rose.
Car, en beauté, rien n’est égal
Au sein de Rose.

Bouton de rose,
Adieu, Rose vient, je la vois :
S’il est une métempsycose,
Grands dieux ! par pitié rendez-moi
Bouton de rose.

Constance de Salm
Photo de Nadar (1885) mise en ligne par PRA sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0


Le spectre de la rose

Soulève ta paupière close
Qu'effleure un songe virginal ;
Je suis le spectre d'une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d'argent de l'arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir
.

Ô toi qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser
Toute la nuit mon spectre rose
A ton chevet viendra danser.
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe, ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme
Et j'arrive du paradis.

Mon destin fut digne d'envie :
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d'un aurait donné sa vie,
Car j'ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l'albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Ecrivit : Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser.

Théophile Gautier




A Madame M

Quand la rose s'entr'ouvre, heureuse d'être belle,
De son premier regard elle enchante autour d'elle
Et le bosquet natal et les airs et le jour.

Dès l'aube elle sourit ; la brise avec amour
Sur le buisson la berce, et sa jeune aile errante
Se charge en la touchant d'une odeur enivrante ;
Confiante, la fleur livre à tous son trésor.
Pour la mieux respirer en passant on s'incline ;
Nous sommes déjà loin, mais la senteur divine
Se répand sur nos pas et nous parfume encor.

Louise-Victorine Ackermann
Portrait par Paul Merwart de Louise-Victorine Ackermann, téléchargé par M0tty sur le site - Licence CCO 1.0 Domaine public



Les roses de Saadi

J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.


Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est toute embaumée.
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore
Portrait de Marceline Desbordes-Valmore par Constant Joseph Desbordes (Musée de la Chartreuse à Douai) sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public




Photo mise en ligne par Jean M prise en 1913 par Philip de Lazlo de la Comtesse Anna de Noailles sur le site www.flickr.com - Licence CC BY-SA 3.0

Eloge de la rose

Quelle tranquillité dans un jardin, le temps
Est là qui se repose ;
Et des oiseaux sont là, insouciants, contents,
Amoureux de la rose,

De la rose charmante, à l’ombre du rosier
Si mollement ouverte,
Et qui semble la bouche au souffle extasié
De cette saison verte.


Il fait à peine jour, toute la maison dort
Sous son aile ardoisée,
Quand les fleurs du parterre ouvrant leur coupe d’or
Déjeunent de rosée.

De blanches, jaunes fleurs ! c’est un peuple divin
Parqué dans l’herbe calme,
Le mol acacia fait sur le gravier fin
Un bercement de palme.

Les fleurs du marronnier, cônes de parfum blanc,
Vont lentement descendre
Pour entourer les pieds du Printemps indolent,
D’aromatique cendre.

Ô douceur des jardins ! beaux jardins dont le cœur
Avec l’infini cause,
Régnez sur l’univers par la force et l’odeur
De la limpide rose,

De la rose, dieu vif, petit Éros joufflu
Armé de courtes flèches,
À qui les papillons font un manteau velu
Quand les nuits sont plus fraîches.

Rose de laque rose, ô vase balancé
Où bout un parfum tendre,
Où le piquant frelon doucement convulsé
Sent son âme s’épandre,

Rose, fête divine au reflet argentin
Sur la pelouse éclose,
Orchestre de la nuit, concert dans le jardin,
Feu de Bengale rose !

Rose dont la langueur s’élève, flotte ou pend,
Tunique insaisissable,
Que ne peuvent presser les lèvres du dieu Pan
À genoux sur le sable,

Rose qui, dans le clair et naïf paradis
De Saint-François-d’Assise,
Seriez, sous le soleil tout ouvert de midi,
Près de sa droite assise !

Rose des soirs d’avril, rose des nuits de mai,
Roses de toute sorte,
Rêveuses sans repos qui ne dormez jamais
Tant votre odeur est forte,


Fleur des parcs écossais, des blancs cloîtres latins,
Des luisantes Açores,
Vous qui fûtes créée avant Ève, au matin
De la plus jeune aurore,

Rose pareille au ciel, au bonheur, au lac pur,
À toute douce chose,
Rose faite de miel, et faite d’un azur
Qui est rose, ma rose !…


Anna de Noailles

Photo de Léopold Poiré de Paul Verlaine sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public

A Madame X

Au temps où vous m'aimiez (bien sûr ?),
Vous m'envoyâtes, fraîche éclose,
Une chère petite rose,
Frais emblème, message pur.


Elle disait en son langage
Les " serments du premier amour ",
Votre coeur à moi pour toujours
Et toutes les choses d'usage.


Trois ans sont passés. Nous voilà !
Mais moi j'ai gardé la mémoire
De votre rose, et c'est ma gloire
De penser encore à cela.

Hélas ! si j'ai la souvenance,
Je n'ai plus la fleur, ni le coeur !
Elle est aux quatre vents, la fleur.
Le coeur ? mais, voici que j'y pense,

Fut-il mien jamais ? entre nous ?
Moi, le mien bat toujours de même,
Il est toujours simple. Un emblème
A mon tour. Dites, voulez-vous

Que, tout pesé, je vous envoie,
Triste sélam, mais c'est ainsi,
Cette pauvre négresse-ci ?
Elle n'est pas couleur de joie,

Mais elle est couleur de mon coeur ;
Je l'ai cueillie à quelque fente
Du pavé captif que j'arpente
En ce lieu de juste douleur.

A-t-elle besoin d'autres preuves ?
Acceptez-la pour le plaisir.
J'ai tant fait que de la cueillir,
Et c'est presque une fleur-des-veuves.

Paul Verlaine
.
Bref film enregistré le 2 août 1914 dans une cabine automatique au 23, bd Poissonnière à Paris, présentant Guillaume Apollinaire (à gauche) et André Rouveyre, caricaturiste sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public

Lou ma rose

Lou, tu es ma rose
Ton derrière merveilleux n’est-ce pas la plus belle rose
Tes seins tes seins chéris ne sont-ce pas des roses
Et les roses ne sont-ce pas de jolis ptits Lous


Que l’on fouette comme la brise
Fustige les fesses des roses dans le jardin
Abandonné
Lou ma rose ou plutôt mes roses
Tu m’as envoyé des feuilles de rose
Ô petite déesse
Tu crées les roses
Et tu fais les feuilles de roses
Roses

Petites femmes à poil qui se baladent
Gentiment
Elles se baladent en robe de satin
Sur des escarpolettes
Elles chantent le plus beau parfum, le plus fort le plus doux
Lou ma rose ô ma perfection je t’aime
Et c’est avec joie que je risque de me piquer
En faveur de ta beauté
Je t’aime, je t’adore, je mordille tes feuilles de rose
Rose, reine des fleurs, Lou reine des femmes
Je te porte au bout des doigts ô Lou, ô rose
Au bout des doigts, en te faisant menotte
Jusqu’à ce que tu t’évanouisses
Comme s’évanouit le parfum
Des roses
Je t’embrasse, ô Lou et je t’adore.

Guillaume Apollinaire


Roses guerrières

Fêtes aux lanternes en acier
Qu’il est charmant cet éclairage
Feu d’artifice meurtrier
Mais on s’amuse avec courage

Deux fusants rose éclatement
Comme deux seins que l’on dégrafe
Tendent leurs bouts insolemment
Il sut aimer Quelle épitaphe

Un poète dans la forêt
Regarde avec indifférence
Son revolver au cran d’arrêt
Des roses mourir en silence

Roses d’un parc abandonné
Et qu’il cueillit à la fontaine
Au bout du sentier détourné
Où chaque soir il se promène

Il songe aux roses de Sâdi
Et soudain sa tête se penche
Car une rose lui redit
La molle courbe d’une hanche

L’air est plein d’un terrible alcool
Filtré des étoiles mi-closes
Les obus pleurent dans leur vol
La mort amoureuse des roses

Toi qui fis à l’amour des promesses tout bas
Et qui vis s’engager pour ta gloire un poète
Ô rose toujours fraîche, ô rose toujours prête
Je t’offre le parfum horrible des combats


Toi qui sans défleurir, sans mourir, succombas
Ô rose toujours fraîche au vent qui la maltraite
Fleuris tous les espoirs d’une armée qui halète
Embaume tes amants masqués sur leurs grabats


Il pleut si doucement pendant la nuit si tendre
Tandis que monte en nous cet effluve fatal
Musicien masqué que nul ne peut entendre

Je joue un air d’amour aux cordes de cristal
De cette douce pluie où s’apaise mon mal
Et que les cieux sur nous font doucement descendre.

Guillaume Apollinaire
La cueillette

Nous vînmes au jardin fleuri pour la cueillette.
Belle, sais-tu combien de fleurs, de roses-thé,
Roses pâles d'amour qui couronnent ta tête,
S'effeuillent chaque été ?

Leurs tiges vont plier au grand vent qui s'élève.
Des pétales de rose ont chu dans le chemin.
Ô Belle, cueille-les, puisque nos fleurs de rêve
Se faneront demain !


Mets-les dans une coupe et toutes portes doses,
Alanguis et cruels, songeant aux jours défunts,
Nous verrons l'agonie amoureuse des roses
Aux râles de parfums.

Le grand jardin est défleuri, mon égoïste,
Les papillons de jour vers d'autres fleurs ont fui,
Et seuls dorénavant viendront au jardin triste
Les papillons de nuit.

Et les fleurs vont mourir dans la chambre profane.
Nos roses tour à tour effeuillent leur douleur.
Belle, sanglote un peu... Chaque fleur qui se fane,
C'est un amour qui meurt !


Guillaume Apollinaire

IIIe. La rose dans la chanson.

Chanter est est un besoin humain, comme rire en est un autre, ou plus matériellement, manger et boire. Chanter est de plus un enchantement pour l'auditoire (si bien entendu le chanteur n'est pas moi ...).

Comme d'autres formes d'art, la chanson a été longtemps religieuse mais s'est affranchie, notamment au Moyen-Age avec les trouvères et troubadours et les ménestrels. Ainsi d'autres sujets poétiques on été traités, particulièrement l'amour évidemment. La rose a trouvé assez tôt sa place dans la chanson grâce, bien sûr, à ses atouts charme, fraîcheur, beauté, parfum, mais également pour les symboles qu'elle véhicule, notamment ceux du temps qui fuit et du caractère éphémère de la jeunesse.

Photo de Berthe Sylva parInconnu sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public




Les roses blanches (1926 - Berthe Sylva)

C’était un gamin, un gosse de Paris,
Pour famille il n’avait qu’ sa mère
Une pauvre fille aux grands yeux rougis,
Par les chagrins et la misère
Elle aimait les fleurs, les roses surtout,
Et le cher bambin tous les dimanche
Lui apportait de belles roses blanches,
Au lieu d’acheter des joujoux
La câlinant bien tendrement,
Il disait en les lui donnant :




"C’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman
Voici des roses blanches, toi qui les aime tant
Va quand je serai grand, j’achèterai au marchand
Toutes ses roses blanches, pour toi jolie maman"

Au printemps dernier, le destin brutal,
Vint frapper la blonde ouvrière
Elle tomba malade et pour l’hôpital,
Le gamin vit partir sa mère
Un matin d’avril parmi les promeneurs
N’ayant plus un sous dans sa poche
Sur un marché tout tremblant le pauvre mioche,
Furtivement vola des fleurs
La marchande l’ayant surpris,
En baissant la tête, il lui dit :

"C’est aujourd’hui dimanche et j’allais voir maman
J’ai pris ces roses blanches elle les aime tant
Sur son petit lit blanc, là-bas elle m’attend
J’ai pris ces roses blanches, pour ma jolie maman"

La marchande émue, doucement lui dit,
"Emporte-les je te les donne"
Elle l’embrassa et l’enfant partit,
Tout rayonnant qu’on le pardonne
Puis à l’hôpital il vint en courant,
Pour offrir les fleurs à sa mère
Mais en le voyant, une infirmière,
Tout bas lui dit "Tu n’as plus de maman"
Et le gamin s’agenouillant dit,
Devant le petit lit blanc :

"C’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman
Voici des roses blanches, toi qui les aimais tant
Et quand tu t’en iras, au grand jardin là-bas
Toutes ces roses blanches, tu les emporteras"



Photo de Inconnu sur le site https://fr.geneawiki.com - Licence Non commercial




L'amour de moy (Chanson du XIV° siècle reprise en 1960 par Jacques Douai)

refrain:
L'amour de moy s'y est enclose
Dedans un joli jardinet
Où croît la rose et le muguet
Et aussi fait la passerose



Ce jardin est bel et plaisant
Il est garni de toutes flours
On y prend son ébattement
Autant la nuit comme le jour

Refrain

Hélas ! Il n'est si douce chose
Que de ce doux rossignolet
Qui chante au soir, au matinet
Quand il est las, il se repose

Refrain

Je la vis l'autre jour, cueillir
La violette en un vert pré
La plus belle qu'oncques je vis
Et la plus plaisante à mon gré

Refrain

Je la regardai une pose
Elle était blanche comme lait
Et douce comme un agnelet
Et vermeillette comme rose

L'amour de moy s'y est enclose
Dedans un joli jardinet
Où croît la rose et le muguet
Et aussi fait la passerose.



Photo mise à disposition par les Archives Nationales d'Allemagne sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0




Roses blanches de Corfou (1962 - Nana Mouskouri)

Pourquoi faut-il que la bateau s'en aille
Quand le soleil se lève encore dans le ciel bleu
Quand nous vivons le temps des fiançailles
Pourquoi faut-il que vienne le temps des adieux ?





Roses blanches de Corfou
Roses blanches, roses blanches
Chaque nuit je pense à vous
Roses blanches de Corfou
Votre parfum est si doux
Quand l'aurore
Vient d'éclore
Mais je suis bien loin de vous
Roses blanches de Corfou

Je reviendrai, si tu as su m'attendre,
Quand le printemps nous donnera ses plus beaux jours,
Aucun bateau ne pourra me reprendre,
Je resterai dans le pays de notre amour.

Roses blanches de Corfou
Roses blanches, roses blanches
Chaque nuit je pense à vous
Roses blanches de Corfou
Votre parfum est si doux
Quand l'aurore
Vient d'éclore
Mais je suis bien loin de vous
Roses blanches de Corfou
Je pense à vous
Je pense à vous
Je pense à vous



Photo de Joost Evers / Anefo sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0




Mon amie la rose (1964 - Françoise Hardy)

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin




A l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Au rayon du soleil
Je me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille
Pourtant j'étais très belle
Oui, j'étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin'

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin

Vois le dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon coeur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus
Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain'

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin




La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j'ai vu
Éblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait

Croit celui qui peut croire
Moi j'ai besoin d'espoir
Sinon je ne suis rien

Ou bien si peu de chose
C'est mon amie la rose
Qui l'a dit hier matin



Photo de Joop van Bilsen / Anefo sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public




L'important c'est la rose (1967 - Gilbert Bécaud)

Toi qui marches dans le vent
Seul dans la trop grande ville
Avec le cafard tranquille du passant
Toi qu'elle a laissé tomber
Pour courir vers d'autres lunes
Pour courir d'autres fortunes
L'important





L'important c'est la rose
L'important c'est la rose
L'important c'est la rose
Crois-moi

Toi qui cherches quelque argent
Pour te boucler la semaine
Dans la ville tu promènes ton ballant
Cascadeur, soleil couchant
Tu passes devant les banques
Si tu n'es que saltimbanque
L'important

L'important c'est la rose
L'important c'est la rose
L'important c'est la rose
Crois-moi

Toi, petit, que tes parents
Ont laissé seul sur la terre
Petit oiseau sans lumière, sans printemps
Dans ta veste de drap blanc
Il fait froid comme en Bohème
T'as le coeur comme en carême
Et pourtant

L'important c'est la rose
L'important c'est la rose
L'important c'est la rose
Crois-moi




Toi pour qui, donnant-donnant
J'ai chanté ces quelques lignes
Comme pour te faire un signe en passant
Dis à ton tour maintenant
Que la vie n'a d'importance
Que par une fleur qui danse
Sur le temps

L'important c'est la rose
L'important c'est la rose
L'important c'est la rose
Crois-moi



Photo issue des Archives Nationales des Pays-Bas Jack de Nijs sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public




Dansons la rose (Adaptation de Roses of Picardy) (1980 - Yves Montand)



Dire que cet air
Nous semblait vieillot.
Aujourd’hui
Il me semble nouveau.
Et puis, surtout,
C’était toi et moi.
Ces deux mots
Ne vieillissent pas.

Souviens-toi.
Ça parlait
De la Picardie.
Et des roses

Qu’on trouve là-bas.
Tous les deux,
Amoureux,
Nous avons dansé
Sur les roses
De ce temps-là.

Tous les deux,
Amoureux,
Nous avons dansé
Sur les roses
De ce temps-là.



Photo de Moos sur le site https://www.lacoccinelle.net - Licence Non commercial




Au nom de la rose (1999 - Moos)

La belle au bois
Vient de rendre l'âme
Mais je serai son homme
A travers toute ces femmes

Oui esprit es-tu là
Au rendez-vous des libertins
J'ai pris avec moi
Des femmes jusqu'au petit matin




Au nom de la rose
Mon amie la femme
Prête-moi ton corps
Pour écrire des choses
A celle qui m'attend au ciel
Et que j'adore

Au nom de la rose
Mon amie la femme
Prête-moi ton corps
Ouvrez vos maisons closes
A celle qui descend du ciel
Et que j'adore

Tu étais l'héritière
Du pêché originel
Reviens sur terre
Me redonner le goût du sel

Habite leur corps
Tu as les plus belles croupes
Que j'ai posé sur un lit de cristal
Habite leur corps
Nous allons être seul couple
Qui va oser se prendre avec des griffes de métal

Au nom de la rose
Mon amie la femme
Prête-moi ton corps
Pour écrire des choses
A celle qui m'attend au ciel
Et que j'adore




Au nom de la rose
Mon amie la femme
Prête-moi ton corps
Ouvrez vos maisons closes
A celle qui descend du ciel
Et que j'adore

Matérialise-toi
Dans un moule de chair
On réalisera
Ce qui t'est le plus cher

Au nom de la rose
Mon amie la femme
Prête-moi ton corps
Ouvrez vos maisons closes
A celle qui descend du ciel
Et que j'adore






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La rose et l'armure (2019 - Antoine Elie)

Suivant la longue métamorphose qui m’éloigne de mon passé,
J’ai croisé une rose qui ne pouvait pas avancer.
Pas qu’elle n’ose pas la chose mais n’y avait jamais pensé.
Depuis toujours tenant la pose quand les regards l’éclaboussaient.

Elle a la couleur de l’amour, bien que je n’l’aie jamais croisé
Bien qu’à la lumière du jour les fleurs sont toutes belles à crever.



Alors j’ai mis la route en pause.
A ses côtés, me suis posé.
Puisque cette rose semblait morose d’être seule au jour achevé.

Ma rose…
Ecoute mes murmures.
Ma rose…
Tu peux être sûre
Que tu n’seras plus jamais seule pour franchir les murs.
Il y a d’la place sur mon épaule pour une rose et son armure.

Suivant la course du soleil avec nos yeux fatigués,
On s’est raconté nos merveilles et nos tristesses irriguées.
On n’avait pas grand-chose à faire alors on s’est allongés.
Avec ma rose j’ai fait la guerre à mon envie de voyager.

Mais au matin la route appelle alors je lui ai proposé,
Si elle osait me faire l’honneur d’avancer à mes côtés
« Même si ton armure est trop lourde, bien qu’elle t’ait toujours protégée
Sache que la vie est sourde quand elle ne doit pas nous blesser. »

Ma rose…
Ecoute mes murmures.
Ma rose…
Tu peux être sûre
Que tu n’seras plus jamais seule pour franchir les murs.
Il y a de la place sur mon épaule pour une rose et son armure.

Traversant tous les bruits du monde avec ma fleur à mes côtés,
Me nourrissant à chaque seconde de sa douceur et sa beauté,
J’ai croisé un ruisseau immonde qui a cru bon de refléter
L’image d’un monstre aux plaies profondes, un guerrier triste et abîmé.




Comment, ma rose, peux-tu subir pareille offense à ta splendeur ?
Et comment puis-je réussir à oublier quelle fut l’erreur
De t’arracher à ton jardin à cause d’un vide dans mon cœur ?
Mais elle m’arrête et puis m’embrasse… Ma rose rit, et moi je pleure…

Ma rose…
Ecoute mes murmures.
Ma rose…
Maintenant je suis sûr
Que je n’serai plus jamais seul pour franchir les murs.
Il y a de la place sur mon épaule pour une rose et son armure.

Ma rose…
Que ça peut être dur
Ma rose…
Depuis que ma vie dure
Je n’avais jamais eu personne pour guérir mes blessures
Jusqu’à c’qu’un jour une rose vienne se poser sur mon armure.

Les poètes et les chanteurs ne sont pas les seuls à avoir abordé le thème de la rose, les compositeurs d'opéras et les auteurs de livrets également. J'ai retenu deux oeuvres importantes, " La Rose Blanche" de Zimmermann, une tragédie historique du milieu du XX° siècle où la rose est foulée au pied par le Mal, et "Le chevalier à la rose" de Richard Strauss, un opéra léger du début du XX° siècle.

Photo de Richard Strauss téléversée par Smedley Hirkum sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CCO 1.0 Domaine public




Le chevalier à la rose (1911 - Opéra de Richard Strauss)

Fils de Franz Strauss, un célèbre joueur de cor d'harmonie allemand, Richard Strauss, né en 1864 à Munich, se révèle rapidement être un grand compositeur en écrivant de nombreux poèmes symphoniques. Son mariage en 1894 avec une cantatrice allemande soprano, Pauline de Ahna, son art s'est orienté vers la composition d'opéras, dont Le chevalier à la rose en 1911.






L'action se situe à Vienne au XVIII° siècle.
Alors que la Maréchale et son jeune amant Octavian
échangent des mots tendres, le baron Ochs auf Lerchenau,
un cousin, cherche à entrer. Octavian, n'ayant pas le
temps de sortir, revêt la robe de Mariandel, la soubrette.
Le baron, séduit par les charmes de Mariandel/Octavian,
l'empêche de partir.


Ochs est venu parler de son proche
mariage avec la fille de M. de Faninal, riche commerçant
récemment anobli. Il demande à la Maréchale de désigner
l'homme digne de présenter à sa fiancée une rose d'argent,
comme le veut la coutume. La Maréchale lui propose le jeune
comte Octavian Rofrano, Ochs accepte ce choix.


Suite à l'intrusion des gens de la Maréchale (notaire,
chef de cuisine, modiste, etc ), le baron Ochs et le
notaire discutent avec véhémence le contrat de mariage.
La Maréchale, restée seule, est prise de mélancolie.
Elle sent venir le déclin de sa jeunesse et
pressent que son jeune amant la quittera bientôt.


C'est l'heure de la réception du chevalier à la rose.
Le comte Octavian Rofrano présente la rose d'argent à Sophie
de Faninal. Le dialogue s'engage entre les deux jeunes gens
qui sont aussitôt attirés l'un par l'autre.






Le baron Ochs, piégé par Octavian, est
convaincu de marivaudage avec Mariandel.
La Maréchale arrive et comprend la situation.

Elle fait comprendre au baron Ochs
qu'il conviendrait pour sa dignité de
disparaître promptement et il se voit
contraint d'obéir. S'ensuit une grande
agitation.

Une fois le calme revenu, la Maréchale
reste seule avec Sophie et Octavian. Le
jeune homme ne sait que dire mais
la Maréchale a déjà compris que le jour
qu'elle redoutait était arrivé. Elle conduit
Sophie vers Octavian et se retire.
Les deux jeunes gens, restés seuls,
chantent leur bonheur.



Photo par Astrid Zimmermann sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0

La rose blanche (1967 - Opéra de Udo Zimmemann)

Musicien et compositeur allemand, Udo Zimmermann est né à Dresde le 6 octobre 1943. Chanteur dans des chorales d'église dans son adolescence, outre son amour pour la musique vocale, il est conquis par la musique de Bach. Ses premières oeuvres orchestrales datent de la seconde moitié des années 1960. Suite à son mariage en 1970, il devient compositeur de musique de théâtre pour l'opéra de Dresde jusqu'en 1985. Son oeuvre majeure, composée en 1986, La Roser Blanche, a pour thème la résistance au nazisme en Allemagne.








En 1943, quand Hitler tentait encore d’étendre son hégémonie sur le monde et sur le peuple allemand soumis à sa dictature, mouvements d’éphémères résistances naissaient dans la clandestinité. Le plus emblématique fut celui créé par deux étudiants munichois, frère et sœur, Sophie et Hans Scholl et leur ami Christoph Probst, d’abord enrôlés malgré eux dans les jeunesses hitlériennes, puis dénonciateurs pacifiques de la barbarie du système. Leur révolte baptisée La Rose Blanche se traduisit par des tracts de mise en garde tirés à deux mille exemplaires. Ils leur valurent arrestation immédiate, condamnation et décapitation pour l’exemple.






Vingt-quatre ans plus tard, le compositeur Udo Zimmermann, né l’année de leur exécution, composa en leur mémoire un opéra. Une première version sur un livret de son frère Ingo relatait les faits avec de nombreux personnages et changements de décors. Sa création en 1967 se heurta à l’indifférence. Udo laissa passer une autre vingtaine d’années avant d’en remanier complétement la structure sur un nouveau livret confié au dramaturge Wolfgang Willaschek. Le destin de Hans et Sophie y est condensé sur la dernière heure de leur courte existence, sur leur prise de conscience, leur révolte et l’engagement qui les mena à une mort consciente. Et cette épure pour deux voix et un orchestre se mua à la fois en réquisitoire et en plaidoyer intemporel.

Tableau de Abrahami sur le site http://commons.wikimedia.org - Licence CC BY-SA 3.0